« Une sorcière à la cour » de Philippe Madral

Édition : JC Lattès

Parution : 9 octobre 2019

Pages :  474 pages

Prix : 20,90 euros

Résumé

« 1678. Tandis que Louis XIV mène grand train à Saint-Germain et Versailles, Paris est frappé par les meurtres les plus abominables et la rumeur enfle : des empoisonneuses œuvrant pour le diable auraient infesté la ville.
Lorsque le scandale gagne la cour, le roi ordonne à La Reynie, lieutenant général de police, de démanteler les officines et de punir les sorcières. À mesure qu’il enquête, ce dernier comprend que le roi est victime d’un complot. Mais surtout, il découvre que derrière ces actes diaboliques se cache une plus grande violence encore, subie par les femmes. Maintenues toute leur vie sous l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari, ont-elles d’autre choix que le crime pour conquérir leur liberté ?

Dans cette enquête sulfureuse, Philippe Madral nous plonge au cœur d’une société en pleine mutation et revisite sous un jour complètement nouveau la célèbre affaire des Poisons, avec un souffle romanesque exceptionnel. »

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Mon avis

Je tenais tout d’abord à remercier chaleureusement les éditions JC Lattés ainsi que la plateforme Netgalley pour l’envoi de ce service presse numérique.

Si j’aime beaucoup l’Histoire de façon générale, certaines périodes me passionnent plus que d’autres. C’est notamment le cas de la « grande » époque du Roi-Soleil dont les différents aspects me fascinent autant qu’ils me rebutent ! Je ne pouvais donc pas passer à côté d’un roman dont l’intrigue prend place sous son règne. D’autant plus si le sujet traité concerne la fameuse « affaire des poisons ».

J’ai déjà lu «La jeune fille aux oracles », qui s’inspire également de ce fait historique. Le point de vue adopté dans ce titre est celui d’une jeune apprentie voyante recueillie par La Voisin. Point de vue qui diffère totalement de celui choisi par Philippe Madral puisque dans « Une sorcière à la cour », nous allons suivre toute l’enquête via l’œil averti de La Reynie, le premier Lieutenant général de police de Paris, à qui le roi a confié la tâche de démêler le trafic de charmes et de poisons qui pervertit son royaume et sa cour !

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Philippe Madral a su trouver les mots justes pour rendre compte de l’ambiance qui devait régner en ces temps-là que ce soit à la cour de Versailles, entre luxe et jeux d’influence, ou dans l’antre de ces « sorcières » dont certaines pratiquaient des messes noires avec sacrifice de nouveau-nés. Il sait de quoi il parle et cela se sent ! J’ai beaucoup aimé tous les détails (qui ne m’ont jamais paru lourds ou de « trop ») que l’auteur nous livre ! Je connaissais déjà la plupart d’entre eux mais comme je vous l’ai déjà dit, tout cela me fascine. Si j’ai apprécié l’intrigue, je conçois toutefois qu’elle ne plaise pas à tout le monde. Le tout est, en effet, assez lent et manque de peps et de dynamisme.

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Le roman s’ouvre sur la décapitation de la marquise de Brinvilliers accusée d’avoir empoisonné plusieurs mâles de sa lignée. Aussi odieux que fussent ses crimes, ceux commis par ses victimes ne furent pas moins horribles. De fait, père et frère l’auraient violentée et violée à plusieurs reprises… Son exécution en place public devait servir d’exemple et dissuader le bon peuple de France (du plus humble paysan au plus important pair du royaume) de se prêter à nouveau à de telles ignominies (ce mot ne prenant en compte, évidement, que les empoisonnements, non les atrocités commises sur la marquise elle-même…).

Malheureusement pour notre monarque, ce procès et cette conclusion n’empêchèrent finalement pas, quelques années plus tard, le commerce et l’utilisation des poisons de reprendre de plus belle… Et c’est donc à La Reynie que le roi confia la charge de démanteler ce réseau. Cependant, en fouillant et en perquisitionnant les demeures des « sorcières », La Reynie va mettre au jour des faits bien plus graves que de « simples » messes noires, tel qu’un complot contre le roi…

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La Reynie s’adresse au lecteur à la première personne du singulier via un journal dans lequel il retranscrit l’avancée de son enquête étape par étape. S’y mêlent aussi quelques réflexions et anecdotes concernant sa vie de famille et son quotidien. Si j’ai d’abord été surprise par ce choix narratif (je ne sais pas trop bien pourquoi, je m’attendais à un point de vue externe), je l’ai finalement trouvé judicieux et intéressant ! La Reynie est, ici, dépeint comme un lieutenant de police intègre et honnête, qui tente simplement de faire son devoir, fuyant autant que possible les intrigues de cour. Il est, non seulement, contre la torture mais se montre également compréhensif (dans une certaine mesure au vu de son statut) vis-à-vis du sort réservé aux femmes qu’il pourchasse. Au vu de son époque, certaines de ses réflexions sont d’ailleurs assez modernes (il est en cela grandement aiguillé par son épouse, une femme intelligente et perspicace) ! S’il n’est pas exempt de défaut pour autant, c’est un personnage auquel il est difficile de ne pas s’attacher. Je me suis demandée à plusieurs reprises à quel point la description faite par l’auteur de ce personnage était « correcte » d’un point de vue historique. Bien sûr, il y a une part romancée non négligeable mais l’auteur s’est-il basé sur des textes rendant effectivement compte de l’intégrité de ce personnage ou est-ce pure spéculation de sa part ? J’avoue ne pas avoir été vérifier. Dans tous les cas, j’ai apprécié le récit que Philippe Madral nous propose pour ce qu’il est : un roman historique (et non un ouvrage scientifique à visée « objective »).

Beaucoup de personnages gravitent autour de La Reynie : Louis XIV, la reine, Colbert, la Montespan, La Voisin,…et bien d’autres encore. Le personnage de La Voisin est particulièrement bien décrit : une femme pleine d’ambivalences. Une faiseuse d’ange dont le souhait principal était d’aider autant que faire se peut ses condisciples, d’une part. Une « sorcière » qui n’hésitait pas à immoler des nouveau-nés lors de cérémonies macabres, d’autres part.

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Entre autres thématiques, l’auteur s’attarde sur le pourquoi de tous ces homicides. Pourquoi les femmes (parce que ce sont la plupart du temps des femmes qui avaient recourt aux poisons et autres filtres) en arrivaient-elles à ces extrémités ? Montrées du doigts et diabolisées, traitées de sorcières et soumises à la question, étaient-elles les seules coupables dans ces affaires ? Comme le dit bien le résumé : à une époque où elles étaient totalement sous la tutelle de leur mari, père, frère,…, face à un homme qui les violentait, quel autre choix leur restait-il ? Souvent, le meurtre était leur seul planche de salut pour retrouver un semblant de liberté et de dignité.

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En bref, j’ai, pour ma part, pris grand plaisir à me plonger dans ce récit et à redécouvrir cette affaire des poisons ! Si, vous aussi, vous appréciez cette époque et/ou si vous désirez en apprendre plus sur ce fait historique, je ne peux que vous conseiller ce titre. Par contre, si ce n’est pas déjà votre tasse de thé, je ne suis pas convaincue que commencer par ce roman soit une bonne idée… Vous risquez de trouver le temps long et de déplorer le manque d’action.

Ma note: 8,5/10 5hHuBfsx-hires-s-.png

9 commentaires sur “« Une sorcière à la cour » de Philippe Madral

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