« La perle et la coquille » de Nadia Hashimi

Édition : Milady

Parution : 17 juin 2016

Pages : 567 pages

Prix : 7,90 euros

Résumé

« Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan. »

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Mon avis

J’avais mis ce livre dans mon « challenge des 12 romans à lire absolument en 2018 » tellement j’en avais entendu du bien. Et…sans être un coup de cœur, c’est vraiment un très beau roman qui m’a fait passer un excellent moment de lecture ! Je rejoins donc totalement l’avis de ceux qui l’encensent.

Ce roman m’a embarquée dans un incroyable voyage en Afghanistan : en 2007 aux côtés de Rahima et, parallèlement, un siècle plus tôt, sur les traces de Shekiba, l’ancêtre de Rahima. Ces deux femmes ont en commun, outre leur force de caractère, leur expérience en tant que jeune fille ou femme travesties. Toutes deux ont, en effet, à un moment de leur vie, revêtu une apparence masculine et  goûté à la liberté que cette condition procure ! Cette expérience a clairement transformé leur vision du monde et leur a insufflé l’envie de se battre pour plus de liberté.

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Si j’ai beaucoup aimé découvrir la tradition des Bacha posh, j’avoue avoir été également un peu déçue à ce niveau. D’une part, j’aurais aimé que l’auteure s’attarde davantage sur l’enfance de Rahima et sur son quotidien en tant que Bacha posh. En effet, ces années d’enfance défilent assez rapidement et je garde l’impression de les avoir seulement survolées. Ce n’est finalement qu’une étape dans la vie de Rahima, qui l’a profondément marquée et qui va influencer sa vie de femme « adulte ». Toutefois, vu la quatrième de couverture, je m’attendais à ce que cette période occupe une plus grande place dans le récit. D’autre part, je m’étais imaginée que Shekiba avait également un passé de Bacha posh. En réalité, les circonstances qui l’ont conduite à se travestir sont assez éloignées de cette tradition, ce qui m’a un peu désappointée sur le moment… Je tenais à évoquer ces deux points dans ma chronique même si, avec le recul, je me rends compte que ce sont plus des détails puisque j’ai goûté l’histoire telle que l’auteure nous la propose !

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Pour en revenir aux deux héroïnes, je les ai appréciées autant l’une que l’autre. Ce sont deux femmes fortes : surtout Shekiba dans la première partie du roman ; par la suite, Rahima prend le relais et se montre digne de son ancêtre ! Leurs victoires peuvent parfois paraître dérisoires à nos yeux, toutefois, elles arrivent, petit à petit, à se démarquer et à influer, même de façon minime, sur leur destin. Avec ce livre, je me suis immergée dans la vie de ces femmes, j’ai souffert à leurs côtés et j’ai pu mieux appréhender les réalités de leur existence et de leurs conditions ! Certains passages sont vraiment choquants, surtout ceux plus récents…parce que c’est plus difficile d’admettre que cela existe encore aujourd’hui (non pas que ça soit moins horrible, pour autant, d’accepter que ce genre de pratique ait pu avoir cours…cependant, c’est plus facile de se dire «Oui mais c’était avant »).

J’aurais parfois voulu qu’elles se battent encore plus, qu’elles osent davantage se rebeller mais, vu le monde dans lequel elles évoluent et leurs faibles marges de manœuvre, elles pouvaient difficilement faire plus sans craindre pour leur vie ! C’est frustrant mais c’est malheureusement leur réalité et l’auteure la rend très bien ! Ces deux personnages ne sont clairement pas épargnés par la vie ! Elles font face à des situations atroces et se retrouvent souvent seules et isolées pour les affronter. Elles sont exposées non seulement à la violence des hommes mais aussi à celle des femmes (qui occupent une position plus élevée qu’elles) ainsi qu’à la jalousie, venant essentiellement des femmes, cette fois, mais pas que.

J’ai détesté la plupart des hommes de ce roman qui ne sont clairement pas montrer sous leur meilleur jour ! Et certaines femmes sont, malheureusement, tout aussi exécrables qu’eux. Elles usent et abusent de leur pouvoir comme, par exemple, Bobo Shahgul ou Bibi Gulalaï qui règnent en vrai petite dictatrice sur les épouses de leur fils. Elles n’hésitent pas à leur donner des coups et à les rabaisser, les traitant comme des esclaves…Bref, rien de très joyeux ni de très respectable !

J’ai beaucoup aimé, par contre, la veille tante célibataire de Rahima, Shaima, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Elle est la seule femme qui ose dire ce qu’elle pense. Son statut le lui permet toutefois (et malheureusement) sa condition n’est pas spécialement enviable pour autant ! Elle apporte, en tout cas, réconfort et soutien à Rahima et est présente dans les moments où elle a besoin d’elle. C’est d’ailleurs cette femme, un peu brusque mais infiniment bonne, qui lui raconte l’histoire de Shekiba !

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Le plus fou, c’est que j’ai souvent eu des difficultés à distinguer les deux époques. Mise à part la présence de voitures ou d’autres éléments du monde actuel, le contexte m’a semblé quasiment identique d’un siècle à l’autre. Les passages où il n’était pas question de technologies modernes auraient, à peu de choses près, très bien pu se dérouler dans les deux temporalités, surtout tant que le récit se cantonnait à la vie au village. La grande ville apporte davantage de changements (d’un côté le roi et son palais, de l’autre le parlement et ses lois). Les mentalités commencent, en effet, petit à petit à changer en 2007, même si les hommes gardent la main mise sur les affaires et que les femmes n’ont qu’un pouvoir de façade… Il y a indéniablement un mieux, une ouverture (même très mince) vers plus d’égalité ! Cette ouverture reste, cependant, ridicule au vu des décennies qui séparent ces deux histoires.

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Avant de me plonger dans ce roman, je ne savais presque rien de la culture afghane, si ce n’est quelques informations glanées par-ci par-là. J’avoue que j’ai mis quelques pages à m’habituer aux noms, aux sonorités parfois étranges pour moi, mais aussi aux appellations comme Madar-jan, Padar-jan, Khala, bachem, les ajouts de « -jan ». Au final, rien d’insurmontable, d’autant que j’apprécie être précipitée dans l’inconnu, tout comme j’aime la sensation de perdre pied avant de me créer de nouveaux repères ! J’ai aussi été étonnée du fait qu’en 2007, les technologies modernes soient quasi absentes des villages afghans. J’en avais une vague idée bien sûr mais je le savais sans le savoir vraiment si je puis dire ! Cette lecture m’a ouvert les yeux à ce propos. En dehors de cela (et des conditions de vie des femmes), j’ai également découvert pas mal d’éléments culturels afghans, comme les traditions autour du deuil, des naissances, de l’éducation,… et celle des Basha posh, évidemment !

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En bref, un roman très émouvant qui m’a profondément marquée! Ces deux femmes sont terriblement attachantes et je me suis sentie vraiment touchée par leur histoire ! Je les soutenais mentalement dans leur combat et j’avais envie de lutter à leurs côtés ! Les parallèles entre les deux récits (alors qu’un siècle les sépare) sont assez troublants et font réfléchir…Je me suis, de plus, ouverte à une culture que je connaissais très peu…Je n’en ai peut-être pas vu les meilleurs côtés mais j’ai indéniablement appris beaucoup de choses ! Je vous conseille donc ce livre que je ne regrette pas du tout d’avoir lu ! J’ai d’ailleurs hâte de découvrir les autres parutions de cette auteure !

Ma note: 9 /10 52419870-émoticône-femme-montrant-signe-ok

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4 commentaires sur “« La perle et la coquille » de Nadia Hashimi

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